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Société

Déguerpissements à Dakar : quand la force remplace la vision

Chaque nouvelle opération de déguerpissement dans nos villes est présentée comme une victoire éclatante de l’ordre public. Les médias rapportent les bulldozers en action, les étals détruits et les forces de l’ordre mobilisées. Mais derrière le théâtre…

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Déguerpissements à Dakar : quand la force remplace la vision

Chaque nouvelle opération de déguerpissement dans nos villes est présentée comme une victoire éclatante de l’ordre public. Les médias rapportent les bulldozers en action, les étals détruits et les forces de l’ordre mobilisées. Mais derrière le théâtre spectaculaire, la réalité est bien différente : des familles plongées dans l’angoisse, des marchands privés de leur gagne-pain, et au final… rien ne change. Les commerçants déplacés reviennent ailleurs, et la ville continue de suffoquer sous les mêmes désordres.

La force brute n’est pas le signe d’un État efficace. Un État fort se mesure à sa capacité à anticiper, planifier et accompagner ses citoyens. Les opérations actuelles traduisent surtout une incapacité à penser la ville autrement et à construire un futur inclusif pour les acteurs du commerce de rue. Arracher le gagne-pain des petits marchands sans leur offrir d’alternative ne règle rien : cela nourrit frustration, colère et défiance.

Une autre voie est possible, exigeante mais durable : le dialogue et la pédagogie. Avant toute opération, il faut discuter avec les concernés, leur expliquer pourquoi l’occupation anarchique de l’espace public freine la mobilité, menace la sécurité et nuit à l’image des villes. Les campagnes de sensibilisation, via radios, réseaux sociaux ou associations de commerçants, permettent de préparer le terrain et de changer les habitudes par la conviction plutôt que par la contrainte.

Exiger sans proposer, c’est condamner. Il faut des alternatives concrètes : des marchés modernes, organisés, accessibles et intégrés dans la planification urbaine. Le Maroc, avec ses souks réaménagés, ou Paris, avec ses galeries marchandes dès le XIXe siècle, montrent qu’il est possible de concilier commerce traditionnel et cadre fonctionnel. Pourquoi ne pas s’inspirer de ces modèles à Dakar, Thiès ou Kaolack pour créer des espaces commerciaux modernes, dignes et rentables, qui libèrent l’espace public tout en valorisant les marchands ?

Planifier la ville en intégrant les acteurs du commerce informel. Accompagner la transition des marchands par des mécanismes sociaux et économiques adaptés. Transformer l’espace public en lieu de circulation, de rencontre et de dynamisation économique.

Seule une approche réfléchie, inclusive et constante peut rompre le cycle des déguerpissements stériles. Les bulldozers rasent des étals, mais ne bâtissent pas la ville.

L’heure est venue de remplacer la force du court terme par l’intelligence du long terme. Il est possible de bâtir des « souks » modernes, des galeries marchandes sénégalaises, où l’ordre public et l’économie populaire cohabitent. Ce n’est qu’à ce prix que nos villes respireront et que tous les citoyens auront la certitude que la République les respecte.

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