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Société

Kaolack – Monde paysan : des récoltes qui pourrissent, des espoirs qui s’éteignent dans les villages

Trois mois après le lancement officiel de la campagne arachidière et la réouverture des frontières, censée faciliter la commercialisation, le monde rural sénégalais continue de sombrer dans une crise silencieuse. Sur le terrain, les promesses des autorités…

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Kaolack – Monde paysan : des récoltes qui pourrissent, des espoirs qui s’éteignent dans les villages

Trois mois après le lancement officiel de la campagne arachidière et la réouverture des frontières, censée faciliter la commercialisation, le monde rural sénégalais continue de sombrer dans une crise silencieuse. Sur le terrain, les promesses des autorités peinent à se traduire en solutions concrètes, laissant des milliers de producteurs dans le désarroi.

Dans plusieurs zones de production, les greniers sont pleins, mais les poches restent vides. Les paysans, qui espéraient enfin tirer profit d’une année de dur labeur, se retrouvent aujourd’hui prisonniers d’un marché désorganisé et d’un système qu’ils jugent défaillant. L’arachide, principale source de revenus de nombreuses familles rurales, ne trouve pas preneur à un prix décent.

« Les producteurs ne savent plus où aller vendre leurs récoltes », dénonce Bassirou Ba, président de la plateforme Aar Sunu Momel. Selon lui, l’État du Sénégal a failli à sa mission d’encadrement et de protection du monde paysan. Sur les marchés, les prix chutent dangereusement, oscillant entre 250 et 300 francs CFA le kilogramme, à peine au niveau du prix plancher, insuffisant pour couvrir les coûts de production.

Des récoltes qui pourrissent, symbole d’un échec

Dans les villages, le spectacle est amer : des tonnes d’arachides entassées, exposées au soleil et à l’humidité, commencent à pourrir faute d’acheteurs. Chaque jour qui passe transforme l’espoir des producteurs en pertes irréversibles. À cette situation déjà critique s’ajoute la multiplication des incendies, qui réduisent en cendres des stocks entiers, fruits de plusieurs mois de travail.

La situation devient encore plus dramatique lorsque la SONACOS refuse d’acheter les graines détériorées, laissant les paysans seuls face à leurs pertes. Pour beaucoup, cela signifie une année entière de sacrifices anéantie.

Ramadan sous pression dans le monde rural

En pleine période de Ramadan, traditionnellement marquée par la solidarité et le partage, de nombreuses familles rurales vivent une réalité bien différente. Incapables d’écouler leur production, certains paysans peinent désormais à assurer les dépenses quotidiennes les plus élémentaires, a souligné M. Ba.

Dans les concessions, l’inquiétude remplace peu à peu l’espoir. Les dettes s’accumulent, les crédits agricoles deviennent difficiles à rembourser et la peur de la prochaine saison agricole s’installe.

Une soudure déjà installée

Pour la plateforme Aar Sunu Momel, la situation dépasse désormais le simple cadre d’une campagne agricole mal organisée. « La soudure est déjà installée dans plusieurs zones rurales », alerte Bassirou Ba, pointant du doigt l’inaction des autorités face à une crise pourtant prévisible.

Selon lui, l’absence de mesures efficaces pour réguler le marché, organiser l’achat des productions et protéger les producteurs illustre une profonde défaillance dans la gestion du secteur agricole.

Un monde rural en quête de réponses

Alors que l’agriculture demeure l’un des piliers économiques du Sénégal, les paysans réclament aujourd’hui plus que des annonces : des actions concrètes, immédiates et structurantes. Sans intervention rapide, préviennent les acteurs ruraux, la crise actuelle pourrait laisser des conséquences durables sur l’économie familiale et la stabilité sociale dans les campagnes.

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