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Politique

Le patriotisme n’est pas une propriété privée

Par Aly Saleh Au Sénégal, la politique a horreur du vide, mais elle redoute encore davantage les situations de monopole. Face au colosse politique qu’est le PASTEF, l’émergence du mouvement KIIRAAY ne constitue pas une simple péripétie partisane. Elle…

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Le patriotisme n’est pas une propriété privée

Par Aly Saleh

Au Sénégal, la politique a horreur du vide, mais elle redoute encore davantage les situations de monopole. Face au colosse politique qu’est le PASTEF, l’émergence du mouvement KIIRAAY ne constitue pas une simple péripétie partisane. Elle marque le point de départ d’une mutation salutaire pour la démocratie sénégalaise : la fin de l’exclusivité du récit de la rupture.

Pendant des années, le PASTEF a légitimement incarné le principal canal d’expression d’une jeunesse révoltée et souverainiste. Cette ferveur, forgée dans la douleur des luttes sociales, a progressivement installé l’idée qu’en dehors du parti, il n’existait point de salut patriotique. Or, l’exercice du pouvoir confronte toujours les convictions à la dure réalité des faits, des chiffres et du quotidien. C’est précisément dans cette brèche que s’engouffre KIIRAAY, en rappelant une vérité fondamentale : le patriotisme est un idéal partagé, non une marque déposée.

Ce duel, mené à coups d’algorithmes et de concepts wolofs, redéfinit profondément les règles du jeu politique. Il ne s’agit plus d’une opposition stérile entre d’anciens régimes déchus et une nouvelle majorité, mais d’une saine émulation au sein même du camp du changement. En contestant le « monopole patriotique », KIIRAAY rend paradoxalement service au PASTEF. Le mouvement le pousse à abandonner la posture de l’éternelle victime pour assumer pleinement celle d’un pouvoir exécutif comptable de ses actes.

Le véritable vainqueur de cette guerre des récits demeure le citoyen sénégalais. Plus personne ne pourra désormais se contenter d’agiter un drapeau pour obtenir un chèque en blanc. Le patriotisme devra se mesurer à la capacité de protéger les plus vulnérables, de stabiliser l’économie et de garantir les libertés. La confrontation entre KIIRAAY et le PASTEF illustre ainsi une évolution majeure : le Sénégal semble avoir tourné la page des messies politiques pour entrer dans l’ère de l’exigence citoyenne.

Aly Saleh

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