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Politique

La loi anti-transhumance de Pastef, premier pavé dans la mare de la coalition présidentielle

Par Aly Saleh Alors que la nouvelle mouvance présidentielle multiplie les ralliements d’élus locaux, l’aile dure de Pastef contre-attaque en proposant d’interdire le nomadisme politique. Derrière cette proposition de loi se dessine le premier grand bras de…

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La loi anti-transhumance de Pastef, premier pavé dans la mare de la coalition présidentielle

Par Aly Saleh

Alors que la nouvelle mouvance présidentielle multiplie les ralliements d’élus locaux, l’aile dure de Pastef contre-attaque en proposant d’interdire le nomadisme politique. Derrière cette proposition de loi se dessine le premier grand bras de fer éthique et stratégique au sommet de l’État.

C’est le retour d’un vieux démon de la politique sénégalaise, mais sous un habillage inédit. La transhumance politique, cette pratique qui consiste pour un élu à quitter son parti d’origine pour rejoindre les rangs du pouvoir en place, fracture désormais la majorité elle-même. En annonçant une proposition de loi visant à déchoir automatiquement de leur mandat les maires qui changent de camp politique, le député de Pastef Amadou Ba ne cherche pas seulement à moraliser la vie publique. Il pose également un acte de résistance politique majeur.

La « Rupture » à l’épreuve de la realpolitik

Le message de Pastef est à peine voilé : pendant que « Kiiraay », la nouvelle formation présidentielle, accueille le ralliement de plusieurs centaines de maires afin de renforcer rapidement son implantation territoriale, le parti historique rappelle les principes fondateurs de la « Rupture ». Ce télescopage met en lumière une contradiction profonde. Peut-on réellement bâtir le « Sénégal souverain » en s’appuyant sur des acteurs issus du système que l’on prétend dépasser ? Pour l’aile la plus orthodoxe du pouvoir, la fin ne saurait justifier les moyens, même au nom des équilibres politiques locaux.

Le modèle béninois comme arme de dissuasion

Pour verrouiller le jeu politique, Amadou Ba propose d’étendre aux collectivités territoriales un principe déjà appliqué aux députés de l’Assemblée nationale et inspiré de certaines réformes menées au Bénin : la déchéance automatique du mandat en cas de changement d’appartenance politique. Une mesure qui suscite des réserves parmi les nouveaux alliés de « Kiiraay ». En cherchant à sanctuariser la fidélité aux choix électoraux, Pastef entend mettre un terme aux pratiques assimilées à la corruption politique. Ses détracteurs estiment toutefois qu’une telle disposition pourrait rigidifier le débat démocratique et renforcer l’emprise des partis sur les élus locaux.

Un schisme idéologique au sommet de l’État

Au-delà de la question des mandats municipaux, c’est la conception même de l’exercice du pouvoir qui se trouve au cœur de ce débat. La transhumance a longtemps constitué l’un des mécanismes de consolidation des régimes successifs au Sénégal. Y mettre fin enverrait un signal fort en faveur de l’éthique politique et du respect du choix des électeurs.

Mais si cette loi venait à être adoptée, elle consacrerait également une fracture idéologique majeure au sein de la majorité présidentielle : celle qui oppose la fidélité aux principes de la « Rupture » à une stratégie plus pragmatique de conquête et de consolidation du pouvoir. Reste à savoir si, dans ce bras de fer naissant, l’exigence de morale publique ou les impératifs du calcul politique finiront par l’emporter.

Aly Saleh

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