Ancien militant de la première heure de Pastef, le Dr Ibrahima Badji a choisi de rompre avec le parti au pouvoir pour rejoindre « Kiiray, les Patriotes républicains », une formation politique soutenant le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, et dirigée en Casamance par le ministre des Forces armées, Yankhoba Diémé. Aujourd’hui chargé de la mobilisation du parti et coordonnateur de Kiiray en Gambie, ce consultant en diplomatie et expert en géopolitique livre une analyse sans concession de l’actualité nationale.
Crise budgétaire, tensions à l’Assemblée nationale, désenclavement de la Casamance et structuration de la diaspora sénégalaise en Gambie : dans cet entretien exclusif, le Dr Ibrahima Badji défend sa vision d’un Sénégal républicain et refuse de voir le pays transformé en « mosaïque de communautés juxtaposées ».
Crise budgétaire et bras de fer institutionnel
Question 1 : Dr Badji, la querelle autour du budget national agite fortement les marchés financiers. Selon vous, quelles sont les responsabilités dans cette situation et comment rassurer les partenaires économiques du Sénégal ?
Dr Ibrahima Badji : Il n’y a pas de crise cachée. Nous faisons face à un choc exogène, couplé à une transparence nouvelle. La réalité, ce sont 340 milliards de FCFA de recettes en moins, 540 milliards de dépenses supplémentaires, un baril de pétrole passé de 64 dollars prévus à 110 dollars et 1 956 milliards de FCFA d’arriérés à apurer. La seule responsabilité du gouvernement actuel est d’avoir dit la vérité.
Pour rassurer les marchés, la feuille de route est claire : voter la Loi de finances rectificative (LFR) pour injecter 300 milliards de FCFA dans le secteur du BTP, sécuriser l’accord avec le FMI et démontrer que le Sénégal reste un pays qui honore ses dettes. Les marchés n’ont pas peur des chiffres difficiles, ils ont peur du flou.
Question 2 : L’examen de cette Loi de finances rectificative (LFR) exacerbe justement les tensions entre le gouvernement et l’Assemblée nationale. Quelle est la position de Kiiray ?
Dr Ibrahima Badji : Notre position est limpide : nous votons la LFR. Sans elle, ce sont 300 milliards de FCFA destinés au BTP qui restent bloqués, entraînant l’arrêt des chantiers et mettant en péril nos entreprises locales. L’Assemblée nationale doit contrôler l’action gouvernementale, c’est son rôle républicain, mais contrôler ne signifie pas paralyser.
Kiiray demande un vote rapide, tout en exigeant un engagement ferme du gouvernement sur la traçabilité des 555 milliards de FCFA d’investissements reportés.
Question 3 : Le bras de fer entre l’Exécutif et le Législatif fait craindre une paralysie totale de l’État. La dissolution de l’Assemblée est-elle, selon vous, la seule issue ?
Dr Ibrahima Badji : Non, la dissolution n’est pas souhaitable aujourd’hui. Elle engendrerait un coût financier important, une instabilité pour les investisseurs et une menace pour la paix sociale. La Constitution offre des outils, notamment son article 86, pour assurer la continuité de l’État.
Kiiray appelle à une clarification au sommet, dans le strict respect des institutions, sous l’égide du président Bassirou Diomaye Faye, qui en est le garant. Si la LFR est votée, 80 % de la tension politique retomberont. Mais si l’on nous y force, nous n’aurons pas le choix. Pour dialoguer, il faut être deux. Si Pastef opte pour le chaos, nous appellerons le président de la République à prendre pleinement ses responsabilités.
Rupture avec Pastef et ancrage au sein de Kiiray
Question 4 : Vous étiez un militant actif de Pastef. Pourquoi avoir rompu avec vos anciens camarades pour rejoindre Kiiray ?
Dr Ibrahima Badji : J’ai milité à Pastef avec la conviction profonde d’un idéal de rupture. J’ai décidé de quitter ce parti lorsque le projet s’est transformé en un culte de la personnalité où plus aucun débat contradictoire n’était possible.
Je suis un républicain. Je ne peux pas cautionner un dispositif qui oppose systématiquement l’Assemblée au président élu et bloque le budget national pour des règlements de comptes politiques. À Kiiray, j’ai retrouvé le goût du débat, la discipline républicaine et le sens de l’État.
Question 5 : Vous cheminez aujourd’hui aux côtés du ministre des Forces armées, Yankhoba Diémé. Qu’avez-vous trouvé chez lui et au sein de Kiiray que vous ne trouviez plus ailleurs ?
Dr Ibrahima Badji : J’ai trouvé un homme d’État, pas un chef de clan. Notre doctrine est simple : nous sommes des « Patriotes républicains ». Si Pastef s’est parfois positionné comme un mouvement de patriotes contre l’État, Kiiray incarne des patriotes au service de l’État.
Le ministre Yankhoba Diémé porte une vision apaisée de la politique, le sens de la mission, le respect de la parole donnée et un ancrage territorial profond. On ne fait pas de la politique pour l’audimat de TikTok ; on la fait pour construire un État fort qui protège ses citoyens.
La Casamance et le laboratoire de la diaspora en Gambie
Question 6 : Vous revenez d’une tournée à Bignona, Ziguinchor et Oussouye. Quel bilan tirez-vous de l’accueil des populations ?
Dr Ibrahima Badji : Le bilan est exceptionnel. J’ai trouvé une Casamance debout, digne, qui exprime une volonté farouche de tourner la page. Sur le terrain, les populations ne nous parlent pas des querelles politiciennes de Dakar. Elles nous parlent de routes, du prix du riz, du retour des jeunes partis en Gambie et de la consolidation d’une paix définitive.
Pour le ministre Diémé, l’accueil a été celui d’un fils de la Casamance porteur d’un message républicain. La Casamance ne veut plus être un sujet de discorde ; elle veut être un acteur majeur du projet national.
Question 7 : La Casamance a longtemps été présentée comme le fief électoral exclusif d’autres forces politiques. Comment Kiiray compte-t-il s’y imposer ?
Dr Ibrahima Badji : La Casamance n’est le bastion de personne : c’est le cœur du Sénégal. On l’a trop longtemps enfermée dans un vote de contestation. Kiiray lui propose aujourd’hui de devenir un moteur économique national, à travers l’agriculture, le développement de son port et le rayonnement de son université.
Notre méthode repose sur trois piliers. D’abord, consolider la paix sous la supervision du ministre des Forces armées. Ensuite, assurer un maillage territorial avec des comités dans chaque commune. Enfin, mobiliser les compétences de la diaspora de Gambie et d’Europe pour investir localement. On ne s’impose pas, on sert.
Question 8 : En tant que coordonnateur de Kiiray en Gambie, quels sont les enjeux pour cette diaspora et quels ponts jetez-vous entre la Gambie et la Casamance ?
Dr Ibrahima Badji : La Gambie est notre laboratoire politique. Plus de 200 000 Sénégalais vivent à Banjul, Serekunda, Tanji ou Barra. Leurs problèmes sont extrêmement concrets : l’obtention de documents administratifs, la fluidité des traversées, les coûts des transferts d’argent et la double imposition.
Kiiray s’attelle à matérialiser ce pont humain entre la Gambie et la Casamance. Les réalités sociologiques sont fluides : un Diola de Bignona a sa famille à Bwiam, un Mandingue de Sédhiou a son champ à Farafenni, un Sérère de Kaolack a ses proches à Mbolet, et le natif de Karang a son frère à Banjul.
Notre rôle est de transformer cette continuité culturelle en une force politique organisée, pour que la diaspora vote, investisse et devienne le trait d’union de la paix régionale.
Stratégie de massification et ambitions électorales
Question 9 : Quel est votre plan d’action pour massifier le parti et quelle est votre stratégie de mobilisation sur le terrain ?
Dr Ibrahima Badji : Pour nous, la massification n’est pas un meeting folklorique organisé tous les six mois ; c’est un travail quotidien. Ma méthode se résume ainsi : un militant, une famille.
Nous privilégions le porte-à-porte social en structurant les groupements de femmes et en organisant les jeunes en GIE, tout en restant à l’écoute des anciens. Nous déployons des outils concrets : des cellules WhatsApp de quartier pour réagir en temps réel, des permanences économiques pour accompagner les citoyens dans leurs démarches administratives et une école du parti chaque samedi pour former les militants aux valeurs de la République.
On convainc les indécis en résolvant leurs problèmes réels.
Question 10 : Quelles sont les ambitions réelles de Kiiray pour les prochaines élections locales ? Irez-vous sous votre propre bannière ou en coalition ?
Dr Ibrahima Badji : Notre ambition est de gagner pour gouverner localement. En tant que parti soutenant le chef de l’État, notre objectif est d’installer des maires capables d’appliquer la Vision Sénégal 2050, des gestionnaires plutôt que des contestataires.
À mon avis personnel, là où notre ancrage est historique, à Bignona, Ziguinchor et Oussouye, nous devrions concourir sous notre propre bannière. Cependant, les orientations définitives reviendront à notre leader en Casamance, le ministre Yankhoba Diémé, qui communiquera le moment venu les arbitrages du président du parti.
Ailleurs, la stratégie sera celle d’une coalition présidentielle élargie, sous l’autorité du président Faye. L’essentiel est d’obtenir une majorité locale en parfaite synergie avec l’État central.
Bien que la Gambie ne soit pas concernée par les élections locales sénégalaises, j’ai instruit chaque responsable basé à Banjul de s’impliquer dans sa localité d’origine au Sénégal, d’y apporter son soutien et de mobiliser les familles restées sur place pour le vote Kiiray. Nous y mettrons les moyens nécessaires.
Question 11 : Vous évoquez souvent l’urgence du développement régional. Quels sont les chantiers prioritaires qui motivent cet engagement ?
Dr Ibrahima Badji : Il faut dire la vérité : nous avons vu des fonds destinés à la Casamance être détournés pour acheter des véhicules de fonction ou rénover des bâtiments administratifs à Dakar, pendant que les Casamançais retiennent leur souffle en traversant le pont Émile Badiane.
Aller au Cap Skirring reste un parcours du combattant, rallier Diouloulou depuis Bignona est un calvaire qui détruit les véhicules, et la Boucle du Fogny attend toujours ses infrastructures. La Casamance souffre d’un déficit d’exécution de ses projets.
Notre grand espoir réside aujourd’hui dans le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye. Nous le remercions chaleureusement d’avoir replacé la Casamance au cœur des préoccupations quotidiennes de l’État. Lors de nos tournées d’explication, les chefs religieux, coutumiers et les populations ont expressément demandé au ministre Yankhoba Diémé de transmettre leurs remerciements au chef de l’État.
En tant que coordonnateur en Gambie, je félicite également le FAISE (Fonds d’appui aux Sénégalais de l’extérieur) pour le financement accordé aux femmes sénégalaises de Gambie, sans aucune distinction d’appartenance politique. C’est cela, la vision de Kiiray : faire du citoyen la priorité absolue, car le président est le président de tous les Sénégalais, même si cela en froisse certains.
Pour résumer mon combat, je rappellerai cette formule qui me tient à cœur : « Le Sénégal que nous voulons et que nous aimons n’est pas et ne sera jamais une mosaïque de communautés juxtaposées, mais une nation ouverte, généreuse et inflexible sur les valeurs qui la fondent. »
Question 12 : Quel est votre message de conclusion à l’endroit de la jeunesse et de la diaspora ?
Dr Ibrahima Badji : Ne laissez personne voler votre avenir avec des querelles politiciennes qui ne vous nourrissent pas. On a essayé de vous faire croire que la politique se résumait à l’insulte, au clash et au buzz sur les réseaux sociaux. Kiiray vous montre que la politique est avant tout un service public.
Plus de 75 % de la population sénégalaise a moins de 35 ans : si cette jeunesse s’organise pour bâtir, rien ne pourra l’arrêter. Engagez-vous dans nos comités, formez-vous, entreprenez entre la Gambie, la Casamance, le Sine ou le Saloum. Ce message s’adresse d’ailleurs à tous nos compatriotes résidant en Afrique de l’Ouest.
Kiiray est votre maison, la République est votre horizon, et notre objectif est de construire un Sénégal digne, fort, stable et prospère.
Propos recueillis par Aly Saleh






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